Biographie

La première guitare

Mes débuts dans la vie se font dans le département de l’Ain, au pays des grenouilles et des étangs. Le 24 juillet 1953 pour être précis. Je vais vivre les 13 premières années de ma vie dans une école, on verra que ce ne sera pas sans conséquences pour la suite. Mon père en est le directeur, qui plus est secrétaire de la Mairie, c’est-à-dire qu’il joue un rôle non négligeable dans la petite commune qui a pour nom Chaneins. Je suis un bébé plutôt souriant.

Quand j’ai 11 ans, mon oncle m’offre une guitare. Dans une famille absolument pas portée sur la musique. Très vite, je vais entendre siffler le train et plein d’autres choses que j’attrape au vol sur le beau transistor qui trône dans la maison. Trois ou quatre notes suffisent déjà à mon bonheur, et dans la cour de l’école je chante avec ma petite soeur, qui a une très belle voix. Le Santiano d’Hughes Aufray est au coeur de nos envolées lyriques. Les années passent.

Un crayon bleu

Je deviens instituteur en 1972 et je commence à chanter avec mes élèves. En 1976, je quitte l’enseignement et je monte pour la première fois sur scène, dans un cabaret de Lyon, L’Âne rouge. Puis dans des restaurants, où je chante Félix Leclerc, Frederik Mey, Charles Trenet. J’attends avant de créer mes premières chansons pour les enfants, et déjà pour les plus petits, ceux qui ne savent pas encore lire. C’est là que l’émotion est la plus intéressante. Premier petit disque en 1979, puis c’est la naissance de Frederik en 1980 et le premier album. Je ne deviens Jean René qu’un peu plus tard, après un deuxième album encore à l’état de brouillon. Quand Pierre naît en 1982, je pense avoir le matériel nécessaire pour inventer mon univers à moi.

J’ai démarré les spectacles dans les écoles maternelles, avec enthousiasme et persévérance : je ne savais pas que j’allais arriver à la coquette addition de 6 530 représentations à ce jour. Des millions de kilomètres à la clé, avec successivement des voitures, des camions blanc, vert, rouge, bleu. En 1985, je crée près de Lyon les éditions Crayon bleu, qui vont produire et éditer mes disques et spectacles. En septembre, le premier disque sort, illustré par Erwin Moser, une star en Autriche, pays où j’ai rencontré Ruth, passionnée par le français. Je pense qu’on devrait me décorer pour mon action dans l’intégration de l’Autriche au sein de l’Europe.

Olympia

La moustache est arrivée, les tournées s’enchaînent mais la guitare n’en fait que sa tête. À Paris, les débuts ont lieu en 1989 au Roseau Théâtre, puis au Café de la Danse, au TLP Déjazet, au Théâtre de Dix Heures. En 1990, je signe avec CBS où je vais passer dix ans ; je ne rencontrerai pas Bob Dylan, pourtant dans la même maison de disques. Des petits clips, des émissions de télévision, en Belgique, au Canada, une première compilation. À l’automne 1992, je chante à l’Olympia avec mes musiciens, et personne ne constate de fauteuils cassés à cette occasion. La plus agréable halte parisienne, et régulière, c’est cependant la Casino de Paris, où mon fils Frederik joue du piano pendant que je chante Allo papa. Mes disques dépassent la barre des 200 000 ventes, pas à pas. J’enregistre aussi 2 disques en allemand, pour un producteur d’Hambourg, car rien ne me fait peur.

Les voyages

J’enregistre mon premier disque en public, j’adapte un livre d’Erwin Moser en conte musical et je voyage. Loin, souvent. Toujours avec la guitare comme sésame. Madagascar reste le plus fort moment, chanter sur une plage face à l’océan indien devant une multitude d’enfants endimanchés pour l’occasion. Plusieurs tournées suivent au Liban, en Allemagne, Autriche, à St Pierre-et-Miquelon. Pendant plusieurs années, je vais chanter au Maroc où le français est toujours à la fête et les enseignantes pleines d’enthousiasme pour mes chansons.

J’enregistre un disque en Californie, pour un producteur de San Francisco qui imagine des disques bilingues pour donner envie aux petits Américains de découvrir notre langue.

Des livres

Je crée de nouvelles chansons tous les 2 ans environ, mais je ne veux pas me répéter et prends beaucoup de plaisir à composer de la musique sur des textes que je n’ai pas écrits, principalement des poèmes. J’ai trempé mon doigt dans la confiture, de l’incroyable René de Obaldia m’inspire, puis c’est autour de Jacques Charpentreau, de Maurice Carême ; des poètes bien vivants comme Marc Baron ou Daniel Lacotte me confient des textes, et en 2010 je produis 2 disques uniquement avec des poèmes. La santé du disque devenant chancelante, je me lance et crée une maison d’édition, Bulles de savon, qui va vivre 7 ans, le temps d’un cycle. Quelques livres CD d’abord, puis des romans, des albums, des documentaires, jusqu’à constituer un catalogue de 75 livres. Flammarion me diffuse, je rencontre beaucoup d’élèves en primaire et collège, j’arrive à gagner la confiance de gens que j’admire et qui éditent chez moi : Jean-Claude Carrière, François Reynaert, Jacques Bonnaffé, Claude Merle, Didier Pobel, Jean-Luc Bertini, je découvre aussi de nouveaux artistes comme Anne Loyer, mais cela ne suffit pas à faire son trou et il me faut mettre un point d’orgue à cette aventure.

Une chanson qui me ressemble

En 2015, je choisis 15 chansons dans mon répertoire, 15 chansons comme un portrait musical qui me résumerait, et j’en fais un album intitulé Ma guitare a des tiroirs. Arrangements, enregistrement, je suis à la manoeuvre. C’est Eric Battut qui illustre le livre CD, lui qui avait réalisé son tout premier album jeunesse avec ma chanson Le manège de la neige.

En 2017, j’ai de nouvelles chansons, que je mélange avec d’anciennes que j’époussète, et voici Pour de vrai, illustré par Sylvie Serprix cette fois. Le temps aidant, je retrouve petit à petit d’anciens fans qui ont bien grandi et qui passent le relais à leurs enfants, se souvenant des paroles de Coccinelle ou Dans ma guitare.

En 2019, un dernier CD mêle de la même façon des nouvelles chansons à quelques titres du siècle dernier, c’est Sur le chemin de l’école, croqué par Loïc Jouannigot. 6 musiciens fidèles me donnent la réplique, et de mon côté j’assume pour la première fois toute la production du début à la fin, au plus près de mes envies musicales. Ainsi la boucle est bouclée.

Passer ma route

Voilà, vous savez à peu près tout de moi : les milliers de spectacles, la quinzaine de disques, les millions de kilomètres parcourus en tous sens, les quelques livres.

J’habite une vieille ferme dans les monts du Lyonnais, je marche et pédale, j’ai encore beaucoup de lieux que je ne connais pas et où j’espère bien aller gratter la guitare un jour (Hughes Aufray chante encore Santiano, tous les espoirs sont permis).